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Il est clair que les
rares « initiés » qui participent de ce que René Guénon appelait
« restauration de lintellectualité vraie et de la tradition
doctrinale » vivent dans la discrétion, et que la plupart dentre eux
pratiquent systématiquement la discipline de lArcane. En tout état de cause, ils
ne constituent pas des Ordres mystérieux qui auraient leurs convenants, leurs rites
secrets et leurs Grands Initiés
ou leurs sites Internet.
Cela nempêche
certes pas les tenants de lésotérisme chrétien de témoigner de leurs convictions
traditionnelles. On pense, en particulier, à la remarquable revue Connaissance des
Religions, dirigée par Michel Bertrand. Il existe également assez de courants
quon ne peut qualifier désotériques au sens « traditionnel »,
qui nont dailleurs quun rapport plus ou moins lointain avec le
« guénonisme », mais qui présentent un réel intérêt pour tous les
chercheurs de lAbsolu.
Sil convient
de citer pour mémoire Raymond Abellio, ne serait-ce que parce nous sommes à Toulouse, il
y a surtout les uvres de Julius Evola et de Nicolas Berdiaev, « lhomme
du Huitième jour ».
En fait, il eût
été possible de parler désotérisme chrétien en se référant exclusivement à
Nicolas Berdiaev, à Paul Evdokimov, à Marie-Madeleine Davy. Mais le développement
aurait conduit à lorthodoxie, à lEglise orientale, à lart de
licône, à LÉchelle sainte, aux fameux Récits dun pèlerin
russe et à la pratique de la Prière du cur, etc. On se serait par conséquent
éloigné de lésotérisme chrétien latin, si lon peut dire.
De même il eût
été possible dadopter le seul point de vue de Julius Evola, à ses ouvrages sur
lHermétisme, sur la tradition du Graal, etc. mais avec le risque politique cette
fois de prêter le flanc au rapprochement, fort éloigné pourtant de lésotérisme
chrétien, mais qui nen existe pas moins dans les esprits, entre ésotérisme et
extrême-droite ; une certaine presse et en particulier le journal Le Monde ne
manquant pas de reprendre régulièrement, à propos de Mircea Eliade, de Julius Evola,
voire de René Guénon, les vieux mythes de la « droite subversive », en y
incluant dailleurs invariablement le GRECE !
Mais si lon
veut laisser là, un instant, René Guénon, il est temps de conclure sur
lésotérisme chrétien dans un développement original à propos des mystères du
Cur de Jésus et de ce disciple dont le Christ lui-même a affirmé quil
demeurera jusquà ce quIl vienne.
Spiritualité du Divin Cur
Le secret de
lésotérisme chrétien se trouve, en effet, vraisemblablement, dans ce mystère que
lEglise honore en des termes qui ne laissent aucun doute sur le sens dune
dévotion qui est certes dabord voie de salut pour le monde, mais aussi vie
intérieure tournée vers lunique Amour : « Nul ne peut vraiment comprendre Jésus crucifié sil
na dabord pénétré dans le mystérieux sanctuaire de son Cur »
(« Haurietis aquas in Gaudio » lettre
encyclique de Pie XII, 15 mai 1956), et surtout, enfin, vie intime, dans le secret du
cur, qui est contact quel que soit le nom quon lui donne, union,
fusion, anéantissement, etc. - avec le Principe divin, car « celui qui est parvenu
à cette connaissance a véritablement atteint le centre et non seulement son propre
centre mais aussi, et par là même, le centre de toute chose », à la manière du
Christ lui-même : « Mon Père et moi, nous sommes un ». Cest la
blessure au Cur de Jésus qui forme le seuil de cette intimité, au plus secret du
cur, « au plus profond du
dedans », là où « il nest plus ni dedans ni dehors, mais seul,
locéan incirconscrit du Mystère » (Henri Le
Saux).
Le modèle de
ladepte chrétien est le disciple bien-aimé dont une vision de sainte Gertrude
permet de comprendre quil a atteint ce « centre de toute
chose » après avoir entendu les battements du divin Cur sur la poitrine
même du Sauveur et contemplé la blessure au Cur de son Aimé : « Elle vit (
) limmense océan de la
divinité refermé dans le sein de Jésus, et dans cet océan le bienheureux Jean (
)
nager comme un petit poisson avec une ineffable jouissance et en toute liberté. Et elle
comprit quil faisait plus habituellement sa demeure en ce Cur où le flot de
la divinité se déverse avec plus de puissance dans lhumanité. »
Et cest
pourquoi la spiritualité du Cur de Jésus, mais prise dans sa totalité voie
de salut, vie intérieure, vie intime - est le véritable ésotérisme chrétien. Ce sont
même les battements du divin Cur qui forment lunique initiation, silencieuse,
amoureuse, intime, dans le secret du cur de linitié, et, plus avant, le
colloque de lâme avec son unique Seigneur dans « le secret du secret »,
al-sirr al-sirr, comme disent les musulmans, qui constitue létape de la
« réalisation ». Autrement dit, ce qui fait ladepte, en terme
désotérisme chrétien, cest ce colloque dans lintime de lintime,
révélé au pied de la Croix par le disciple que Jésus aimait, face au Coup de lance
dont est née lEglise, lEglise de Pierre et lEglise de Jean,
lEglise des saints et des bien-aimés du Seigneur, lEglise extérieure et
lEglise intérieure, pour reprendre un mot de Marie-Madeleine Davy.
Il est légitime que le disciple bien aimé
apparaisse alors comme celui qui montre la voie de lintime, de lésotérisme
chrétien, lui qui demeure « entre lorient et le nord » selon les termes
dune vision dAnne Catherine Emmerick, la célèbre stigmatisée de
Dülmen : « Je vis
(
) que le corps de Jean nétait pas resté sur la terre. Je vis, entre
lorient et le nord, un lieu resplendissant comme le soleil, et jy vis Jean
comme un intermédiaire recevant den haut pour nous le transmettre. Ce lieu,
quoiquil me parût très élevé et tout à fait inaccessible, faisait néanmoins
partie de la terre. Jai vu aussi que le paradis existe encore au-dessus de cette
région, mais séparé de tout le monde. »
Cest donc lui
le véritable initiateur qui nous a révélé la blessure au cur de son divin
Maître : « Le Christ nous a
livré lintériorité, donc « lésotérisme »,
« ouvertement » par sa blessure au cur. Que personne nen soit
conscient, cest une autre affaire ! » comme lécrit Jean Tourniac et qui est à rapprocher
dune phrase de saint Bernard : « Le secret de son cur est révélé
par louverture de son corps »
Quant au secret
lui-même de ce Cur, il est lInconnaissable se livrant à notre contemplation
et à notre désir, lAmour en sa plénitude, selon le mot de sainte Gertrude :
« Sapprochant du Cur
de Jésus et le saluant du fond de son âme, elle le glorifia de contenir, comme enfermé
en lui-même, toute la plénitude des mystères incompréhensibles de la divinité »
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