| 1917-1927
Pour comprendre comment Louis Massignon est passé d’un
soutien au sionisme à l’anti-sionisme extrémiste, il faut revenir à
son séjour à Jérusalem, en 1917-18. Il a été nommé comme adjoint du
signataire français des Accords Sykes-Picot
et sa mission (officieuse) consiste à recueillir des informations
auprès de quelques personnalités choisies. C’est ainsi qu’il fait la
connaissance de Chaïm Weizmann, futur premier président de l’Etat d’Israël
(jusqu’à sa mort en 1951), qui lui apparaît comme « un chef de grande
allure », que guide « le culte de ses morts (ceux de Siloé, comme il me
disait) ». En fait, Weizmann le convainc de la légitimité de la
revendication sioniste et lui-même se convainc que le Foyer juif deviendra
l’occasion d’une « réconciliation intersémitique entre arabes et juifs ».
Toutefois, il reste vigilant, puisqu’il note deux ans plus
tard : « L’angoisse où les plus sincères des jeunes Arabes sont plongés
par les efforts des sionistes pour conclure grâce au Dr Weizmann, un
marché avec l’Emir Faysal qui accepterait une prédominance financière
sioniste sous couvert international comme la reconnaissance des droits
spirituels de son père sur les musulmans de Palestine, est un signe à
noter ». Il ajoute aussi qu’« à la longue, la politique de
pénétration exclusivement financière des britanniques pourrait ramener
vers la France civilisatrice les sympathies des jeunes arabes »
. C’est qu’en
fait il a très rapidement perçu ce qui constituera une des pierres
d’achoppement du « retour d’Israël », comme il le dira fermement en 1921 :
« Je ne veux pas entendre la voix de certains sionistes qui disent :
arrangeons-nous entre capitalistes pour exploiter le prolétariat colonial »
.
C’est d’ailleurs en 1921 qu’il s’est exprimé vraiment sur le sionisme,
d’abord favorablement, sans s’illusionner cependant sur les difficultés
qu’occasionnera « le retour d’Israël » en Palestine et qu’il cherche à
anticiper, bien avant que le problème ne se pose : « La solution se
trouve dans une entente internationale et dans un élément pondérateur
puisé dans les consciences même religieuses de l’Europe occidentale, au
sein de ce que j’appelle la Chrétienté au sens large »
. A la même
époque, il mettra l’accent, bien avant tout le monde, là aussi, sur une
autre pierre d’achoppement, source des conflits à venir : « Vous
n’arracherez pas Jérusalem aux musulmans parce qu’ils croient trop
profondément que le Prophète y a été transporté en extase, ils croient
trop profondément qu’ils y seront jugés, vous vous heurtez à un sentiment
fondamental »
. 1927
A la suite d’un accident cardiaque, à Londres, le 25
janvier 1927, Louis Massignon prend conscience qu’il doit revenir à cette
« voie héroïque »
dont il avait eu le pressentiment en 1908 et qu’il avait tenté de suivre,
non sans tourments, jusqu’à son mariage (1914). Après les années de guerre
– il est démobilisé en 1919 – c’est une brillante carrière universitaire
qui s’ouvre à lui (nomination au Collège de France, direction de la
Revue des Etudes Islamiques), or, en 1927, il reconnaît : « Tout
cela m’encrasse d’une mentalité profane ». Cette année est donc
l’année d’une révolution intérieure dont les conséquences se retrouvent
aussi bien dans ses recherches, où il passe de Hallâj à qui il a consacré
sa thèse à Salmân Pâk, compagnon du prophète de l’Islam, – que dans sa vie
professionnelle. Il note, par exemple la même année : « Oriente
désormais résolument mon travail de missions et de commissions officielles
vers les revendication légitimes de nos Musulmans ». On comprend qu’en
1927 justement il se soit détaché du sionisme, dès lors qu’il prendra
parti pour les Arabes, conformément à la révolution qu’il a opérée, et
qu’il adopte leur « point de vue ». Le « retour d’Israël » en Palestine
dont il avait posé les conditions, en 1921, pour qu’elle ne devienne pas
une nouvelle colonisation, lui apparaît alors dans toute sa réalité :
« Le Sionisme actuel est-il viable ?
« De 1917 à 1927, je l’ai passionnément espéré, travaillant sur place à la
réconciliation intersémitique entre arabes et juifs, me disant, comme
Magnes, que l’Université Hébraïque en serait le foyer culturel. Mais, au
lieu de sefardim orientaux parlant arabe, ce sont des ashkénazim
germanisés qui ont pris en mains l’affaire palestinienne, avec la
technique parfaite et implacable du plus exaspérant des colonialismes :
refoulant lentement les « indigènes » arabes vers le désert. D’où la rage
meurtrière de ces derniers »
. 1934-1938
A partir de 1927, Louis Massignon suivra attentivement les événements qui
se succèdent en Palestine sous le mandat britannique. Durant l’hiver 1934,
il a repris contact avec les « milieux sionistes » qu’il connaît à
Jérusalem, plus exactement à l’Université juive (Judah Magnes), mais aussi
à Tel-Aviv. De ces entretiens, il tire la conclusion « que le
haut-commissariat de France au Levant doit résister encore (comme il l’a
déjà fait) avec la dernière énergie aux essais de colonisation économiques
sionistes que des interventions financières puissantes tentent d’implanter
dans le Sud de la Syrie (achat des terres des Al Yusuf) : les documents
que j’ai réunis à ce sujet m’ont montré que si la France cédait à ces
sollicitations, le sang recommencerait à couler en Syrie »
. Mais la
question fondamentale est posée le 21 novembre 1938, à l’occasion d’une
discussion au groupe des « Nouveaux Cahiers »
:
« La Palestine peut-elle redevenir une patrie,
pour une seule nation, « Eretz-Israël ? »
« Non, elle est plus que cela ; c’est devenu un pays
international, supranational, de par sa vocation, triplement
religieuse : pour Israël, pour la Chrétienté, pour l’Islam. Ce ne peut
plus être la patrie d’une seule race, car sa Ville sainte est sainte pour
ces trois religions. L’Islam ne l’abandonnera jamais (lieu de l’Ascension
Nocturne du Prophète, où sa Loi a été confirmée), car l’Islam est
d’origine raciale arabe ; et la race arabe, et la prière canonique
musulmane se réclament aussi d’Abraham, pour revendiquer part à son
héritage. Si les fondateurs de la S.D.N. avaient compris que l’Islam
survivrait au partage de l’Empire Ottoman, c’est à Jérusalem qu’ils
auraient placé le siège de la S.D.N. : là où une Chrétienté unie
arbitrerait le conflit »
.
Depuis « la répression sauvage de 1936 », à savoir les
attentats anti-arabes de Nazareth et de Na’im, il a cessé de croire à
l’« entente » entre juifs et palestiniens et il a pris conscience que la
pression sioniste qui s’exerce en Palestine rend impossible toute
tentative de réconciliation. Il en prend acte et écrit, deux ans plus
tard :
« Il est inutile d’espérer sursaturer la Palestine de colons
agricoles-juifs ; il n’y a plus que 19% d’Israélites inscrits dans les
colonies agricoles ; tout le reste tend et tendra de plus en plus à vivre
dans les villes.
« Il faut chercher ailleurs, et d’urgence, un terrain neuf,
sain, tempéré, où l’immigration massive et promptement organisée des
réfugiés juifs si cruellement traqués puisse se déverser. En Algérie,
c’est impossible, ce serait jeter nos colons dans les bras de l’Italie. A
Madagascar ? Est-ce sain ? En Guyane britannique ? C’est un dessein bien
trouble. En Australie ou en Rhodésie ? Il faudrait que la Grande-Bretagne
grise l’égoïsme local, qui a déjà dit non.
« En tout cas pour sauver l’immigration juive de 450
000 âmes, déjà implantée en Palestine, d’une attaque concentrique des
nations musulmanes lors de la prochaine alerte européenne , il serait vain
de compter sur les 10 000 soldats juifs réguliers que la Grande-Bretagne
peut déjà y mobiliser : 10 000, c’est le chiffres des « levies »
assyro-chaldéennes qu’elle a laissé massacrer quand elle a évacué l’Irak
musulman. Il faut négocier pour faire reconnaître par les nations du
Proche Orient un Etat palestinien arabo-juif. Les négociations ont déjà
commencé, et ce sera la France qui en fera les frais, car elle sera bien
forcée d’y apporter sa garantie, mais cela affaiblira d’autant son
hégémonie libano-syrienne, par une sorte d’internationalisation du Proche
Orient, intéressant même les Etats-Unis »
. 1945
Louis Massignon reprend ses missions en Orient, dès la fin de la seconde
guerre mondiale et, revenant en Palestine eu printemps, il note :
« Quelques jours passés à Jérusalem m’ont permis de constater
l’aggravation de la crise ». Sa première visite est pour le Président
Magnes : « Je l’ai trouvé toujours courageux, décidé à trouver une formule
de compromis entre Sionistes et Arabes ; mais ce président de l’université
hébraïque ne m’a pas celé l’extrémisme de la quasi-unanimité de ses
collègues. » De retour en France, il ajoute : « C’était en mars, il ne
croyait pas alors qu’on pût envisager le transport massif des survivants
juifs des camps de concentration d’Europe Centrale ; il constatait chez
les plus vieux colons palestiniens, un regret étrange du « heimat », un
désir de revenir mourir en Allemagne ; et, chez l’élite des hommes de 40
ans, la volonté d’émigrer en Angleterre ou en France, la Palestine étant
un trop petit théâtre pour l’utilisation de leurs capacités »
.
Le 31 mai 1945, c’est l’ultimatum de Weizmann à W.
Churchill – « reconnaître non pas seulement le Foyer juif, mais l’Etat
juif ; supprimer toute limitation de l’immigration juive ; abolir les 3
zones pour l’achat des terres ». Louis Massignon apprend alors que « la
Ligue des nations arabes, qui a le sionisme comme ennemi n°1, a notifié
par écrit à Lord Killearn que l’octroi de ces concessions aux sionistes
serait le signe d’une insurrection ». De nouveau, il se heurte au problème
de la colonisation, à la « virulence de l’immigration technique juive »
qu’il avait dénoncée en 1938
:
« Les Anglais ont bien promis aux Arabes (…) que la paix ferait cesser les
facilités concédées à l’industrialisation juive de la Palestine ; mais les
Américains ont investi de tels capitaux dans des entreprises comme le plan
hydraulique Lowdermilk, leurs experts juifs inventorient si soigneusement
le Proche Orient (…) que les Arabes ont lieu d’être inquiets. » Il
comprend l’impuissance de la population palestinienne sur le terrain :
« On tente une colonie agricole arabe près de Jéricho, mais qu’est-ce,
devant la savante machine colonialiste des cent colonies israélites ? Qui
veulent maintenant l’éviction totale des fellahs arabes. Ce qui explique
que Staline se soit prononcé contre le sionisme capitaliste pour le
prolétariat arabe persécuté en Palestine. (…) Dans ces conditions, la
France ne peut s’engager vis-à-vis des sionistes comme ils le voudraient »
. 1948
L’année 1948 qui voit la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai, marque
pour Louis Massignon une sorte de point de non-retour. Il écrivait encore
un an plus tôt, le 20 mai 1947: « Est-ce que la France pense que le
sort de la Palestine est déjà tranché en faveur de l’Etat hébreu ? »
La création de l’Etat d’Israël le confirme dans son impuissance à voir se
réaliser la réconciliation entre juifs et arabes qu’il appelait de ses
vœux
et le laisse sans autre issue désormais que de poursuivre son combat, le
plus souvent « le dos au mur », selon une expression qu’il affectionnait.
1948 est ainsi l’année où il renonce à convaincre pour
entrer dans une attitude de protestation indignée, qui fut
volontairement mal comprise par tout ce que Paris comptera bientôt
d’intellectuels sionistes. Désormais il ne sera plus question que de la
« véhémence » de Louis Massignon, que de son extrémisme, comme si
prendre fait et cause, comme il le fera, en faveur des populations arabes
de Palestine, et de l’internationalisation des Lieux saints, constituait
une revendication excessive. C’est pourtant à cette hauteur, où se
conjuguent Compassion, désir de Justice et parole de Vérité qu’il faut
comprendre l’anti-sionisme de Louis Massignon, comme en témoignera, par
exemple, le père René Voillaume, après une visite à l’orientaliste, au
mois de mai 1948 : « Il me dit sa souffrance au cours de son récent
passage en Palestine d’avoir vécu au milieu de la haine opposant Arabes et
Juifs. Il comprend qu’il y a des situations dans lesquelles, après avoir
échoué à faire prévaloir l’amour dans une union pacifique, on n’a d’autres
alternatives que de mourir pour rendre témoignage de cet amour. Il évoque
la leçon incomparable de la mort de Gandhi et l’espoir d’un même
témoignage qui s’était emparé de lui lorsqu’en sortant du jardin de
Gethsémani, il s’était trouvé pris dans une fusillade qu’échangeaient
entre eux Juifs et arabes » (inédit).
Après le « massacre sioniste des Arabes désarmés de
Deïr Yâsîn », le 8 avril 1948, il n’hésitera pas à relever le courage de
Jacques de Reynier, délégué de la Croix-Rouge internationale, s’exposant à
la mort « pour sauver les trois dernières victimes qui n’avaient pas été
encore achevées au couteau ». Et surtout, la prise de Nazareth, par les
troupes sionistes, « principalement composées de volontaires de
l’Irgoun », le 17 juillet 1948, lui inspire un de ses articles les plus
virulents, « Nazareth et nous, Nazaréens, Nasara », qui sera
reproduit quelques mois plus tard dans le mémorandum officiel des Etats
Arabes à l’ONU
.
Le 17 septembre, Bernadotte est assassiné à Jérusalem par le groupe Stern,
ce qui lui fera écrire en 1954 : « L’abandon de la Galilée par le
médiateur Bernadotte provoqua la chute de Nazareth, défendue par des
volontaires syriens et même pakistanais musulmans, et ne sauva pas
Bernadotte de l’assassinat »
.
Le 19 septembre, à Paris, Vincent Monteil est témoin
de son « adjuration » à André Chouraqui « de maintenir à Israël une pureté
dont le salut du monde a besoin »
.
Il rapporte aussi que l’orientaliste « est effrayé de l’attrait de la
violence sur les modérés sionistes, pleins de crainte révérence pour les
« anges exterminateurs » de Bernadotte ». Mais, comment convaincre le
future maire-adjoint de Jérusalem qui, trois mois plus tard, reconnaît
devant le père Voillaume « la quasi impossibilité de réaliser l’état
d’Israël sans ruiner les Arabes de Palestine, et même les Etats arabes
avoisinants, par suite du déséquilibre qu’introduit dans l’économie du
Proche-Orient l’insertion dans ce monde arabe d’une économie ultra-moderne
au sein d’une économie presque féodale et moyenâgeuse » ? « Cela pose,
ajoutera-t-il, tout le problème de la colonisation et des
injustices à l’égard des populations palestiniennes ». C’est bien cela que
Louis Massignon avait en tête depuis 1927, qu’il redoutait depuis plus
longtemps encore, lorsqu’il disait, à propos du sionisme : « Il est
puéril de préconiser de bas procédés d’argent contre des convictions
collectives qui sont infiniment plus hautes ; ces procédés finissent par
se heurter contre des consciences qui résistent, et se vengent à la longue
de leur fauteurs »
.
Le mois suivant, le Comité d’Entente France-Islam
réagit à un communiqué ministériel (28 octobre) en se félicitant que la
France veuille, « grâce à un ministre courageux et vraiment chrétien »
,
défendre « les droits de la conscience religieuse musulmane, comme ceux de
la conscience chrétienne, à maintenir libres les hauts lieux de Palestine,
en commençant par Jérusalem, sans négliger celui d’Hébron, qui, pour les
musulmans, représente le « lieu où tout commence »
.
Le 5 novembre, Louis Massignon rend hommage à son ami Judah Magnes,
premier président de l’Université hébraïque de Jérusalem, mort à New York
d’une crise cardiaque, le 28 octobre .
Le 12, il est signataire d’un « Appel de catholiques français en faveur
des Lieux Saints » .
Le 28 novembre, enfin, il est de nouveau à Jérusalem, « pour la treizième
fois » : « Les deux bases pulmonaires déjà bloquées par une pneumonie,
j’ai fait la « Via dolorosa » en haletant, sous le regard de commisération
de deux policiers, - le cœur percé par l’ignominie des Juifs et des
chrétiens d’Occident »
. 1949
Louis Massignon va se battre tout au long de l’année
pour l’internationalisation des Lieux Saints : « Il n’y a pas de
question diplomatique qui engage l’avenir international autant que la
question des lieux saints : du centre, de l’axe spirituel du monde
réconcilié »
.
Justice pour Jérusalem, donc, mais aussi Compassion pour les Palestiniens
eux-mêmes, pour ces « réfugiés Arabes musulmans et chrétiens, entassés
dans des camps d’internement de Personnes Déplacées, où le matérialisme
dédaigneux de l’ONU leur donne un minimum de vivre et de couvert, sans la
moindre affection consolatrice, sans le moindre encouragement à espérer un
avenir ». Indignation, enfin, devant le sort de ces réfugiés, sur la terre
même qui vit l’hospitalité d’Abraham : « 90 000 traînent ainsi autour
d’Hébron une vie désolée, là même où Dieu trouva un hôte en Abraham (à
Mambré), nos racismes méprisants dénient à ces pauvres arabes, sacrifiés,
exilés par le technique coloniale, ce respect sacré de l’hôte, cette
hospitalité divine dont l’honneur tribal arabe est le dernier dépositaire,
à présent »
.
C’est aussi l’année où, mis devant le fait accompli de
la création de l’Etat d’Israël, il évoquera la Terre Sainte comme « le
lieu prédestiné de la réconciliation mondiale », ajoutant une dimension
supplémentaire au drame qui se joue en Palestine et sur les Lieux saints
des trois monothéismes issus d’Abraham : « Ce signe du pèlerinage est si
bouleversant, Israël l’avait eu avant l’Islam ; et par un phénomène
apocalyptique, depuis avant-hier, il y a ici-bas un Etat d’Israël qui
refuse le messie, d’ailleurs ; qui ne signifie rien au point de vue de
l’histoire du monde, si ce n’est que pour nous chrétiens, il rappelle :
que le monde a une figure et que notre Foi doit se tourner vers son axe,
Jérusalem, cet axe qu’Israël retrouve sans savoir pourquoi ; parce qu’il a
été chassé de partout, qu’il y retrouve un vieil autel où Abraham a offert
son puîné, en préfigure de notre Christ.
Je reviens de Jérusalem. Nous allons tâcher, se dit
Israël, de rebâtir le Temple. Est-ce bien intéressant ? Est-ce là
consommer l’histoire d’une nation comme Israël ? Au lieu de ce Temple, il
fallait une personne, cette personne est venue, savons-nous où aller la
chercher ? Là où elle est née, où la Vierge l’a conçue »
.
NOTES
Curieusement, il note aussi
« que l’essor industriel actuel de la colonisation sioniste, qui fait
tant impression en Europe, grâce à une publicité savante, est
partiellement dû à l’accord Hitler-Ruppin de cet été, et qu’il ne faut
pas en surestimer la durée : qu’il est puéril de s’imaginer que sans
la présence des troupes anglaises, les formations de combat que les
sionistes essaient de constituer résisteraient un instant à
l’encerclement massif de la majorité musulmane : qui, elle aussi,
procède à des mobilisations militaires périodiques, et se montre de
plus en plus exaspérée. » Commission interministérielle des affaires
musulmanes, séance du 2 juillet 1934. Archives du M.A.E.
A laquelle participeront, entre autres, Robert Montagne et Georges
Blumberg. Louis Massignon y communiquera une lettre.
« Je me souviens de notre dernière entrevue à Jérusalem, le 26
février [1948]. Sorti de Gethsémani sous des rafales de mitraillettes,
j’étais remonté, traversant les chicanes et les barbelés, jusqu’au
numéro 39 de l’Alfassy street. Et j’entends encore sa voix grave et
calme me disant son désir passionné de la justice de Dieu, la brisure
de son cœur devant l’idolâtrie matérialiste du sionisme colonialiste,
sa conviction des catastrophe éminentes, car la loi d’Israël a
toujours puni ses chefs prévaricateurs quand ils ont fait adorer par
le peuple de Dieu les idoles de l’or et du sang.
« Profondément émus par la
situation où se trouvent aujourd’hui les Lieux Saints de Palestine,
tels que Jérusalem, Bethléem et Nazareth, et aussi par l’état des
œuvres séculaires de la France en Terre Sainte ;
Répondant à l’appel
formulé par la récente Encyclique pontificale qui réclame
l’Internationalisation des Lieux saints de Palestine et la liberté de
culte des chrétiens palestiniens ;
Entendant demeurer fidèles à la
grande tradition nationale qui, sous tous les régimes politiques, a
constitué la France gardienne de la liberté des Lieux saints ;
Considérant d’ailleurs que
l’Encyclique pontificale s’accorde pleinement avec la position déjà
prise par la France en la question ;
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